11 Apr 2021 |

Nouveau Visage : Paloma Castro Martínez

Lorsque j’ai rencontré Paloma, elle m’a tout de suite fait penser aux héroïnes d’Almodovar : elle est aussi élégante que fantasque, aussi extravertie qu’impénétrable, aussi drôle que complexe. Surtout, elle est infiniment brillante.

Parmi tant d’autres choses, elle vient aujourd’hui la co-fondatrice de WEInvest, qui vise à permettre aux femmes d’investir davantage et mieux.

Retour sur un parcours aussi haut en couleurs que sa personnalité.

"Nouveaux Visages", c'est la nouvelle série de portraits de femmes que nous vous proposons. Elles ont des parcours détonnants, un héroïsme ordinaire mais peu commun, une parole libérée des attentes et une confiance en elles nourrie d’expériences... Ce sont les nouveaux visages Septem.


Raconte-nous…   

Ton parcours en quelques mots : 

Je viens d’un patelin du nord de l’Espagne, dans lequel mon papa était un des hommes qui avaient voté pour la démocratie espagnole.

Mes parents étaient très engagés et formaient un couple extraordinaire. Ma maman était un peu aristo, mon papa venait d’un milieu différent – il avait tout perdu pendant la guerre – et il y avait entre eux une complicité que j’ai toujours recherchée.

La première fois que j’ai fait du canvassing, c'est-à-dire du porte-à-porte pour demander le vote, j’avais 2 ans. Qu’est-ce que cela fait d’être engagée dès cet âge-là ? Cela te donne une liberté énorme, le sentiment que tu peux tout faire, parce que tu peux tomber, tu peux perdre une élection… Mais tu peux aussi la gagner.

J’ai eu une jeunesse très créative. Dans le patelin perdu au milieu des montagnes, il n’y avait pas tous les réseaux de télévision, alors on inventait nos chansons avec mes amis, on avait une émission de radio…

Je finis par quitter la campagne – que je détestais – pour faire des études de droit.

Je me rends alors compte que plus jamais je ne reviendrai en arrière, que chaque moment de ma vie serait un chemin dans une nouvelle direction.

Qu'as-tu fait comme études ?

Je fais alors du droit et je veux essayer la diplomatie. Je commence à préparer le concours et mon père – qui avait décidé d’arrêter la politique pour être entrepreneur – fait faillite et nous met dans la plus grande détresse. Ma mère me téléphone alors que je suis en train de préparer mon examen et me dit : « il faut que tu arrêtes et que tu te trouves un travail, papa a fait faillite ». Je passe toute la soirée déprimée au lit, en me demandant ce que je vais faire de ma vie.

Le lendemain, ma mère me téléphone et me demande “alors, tu fais quoi ?”. “Rien, maman, je suis déprimée”. Elle me répond “ah tiens, je ne sais pas comment tu trouves le temps pour être déprimée”.

Cette phrase m’a accompagnée toute ma vie.

Je suis assez douée pour les études. À partir de ma deuxième année de droit, je les poursuis à l’étranger avec des bourses. Je découvre le monde avec mon accent espagnol. 

Je fais ma première année de master à Liège, en Belgique. Je m’installe devant ce grand professeur du droit de la concurrence et elle commence à parler en français. Désemparée, je vais aux toilettes, je me regarde dans le miroir et je commence à pleurer. Qu’est-ce que je fais alors ? Je commence à sortir avec Olivier Delacroix et j’apprends le français en deux semaines !

Je poursuis mes études à Bruxelles. Je découvre un monde génial, celui des Anglo-Saxons et des pays du Nord. Je rencontre celui qui deviendra mon mari à un concert de David Bowie. Je commence à être la fille internationale… Plus Espagnole que n'importe qui que je connaisse mais en même temps complètement internationale. Parce que pour moi, la maison, c’est là où je trouve un enjeu.

Comment débute ta vie professionnelle ?

Par le hasard de la vie, commence alors une période fascinante. Mon grand amour, c’est l’architecture mais la crise de la vache folle débute et McDonald’s vient me chercher pour travailler pour eux sur la partie environnementale.

On me dit : “Paloma, tu as 6 mois, tu ne dois pas dépenser un rond et tu nous sors un truc qui soit worldwide, pas de définition par la langue, parce que ça coûte de l’argent, et qui doit rentrer dans notre packaging”.

Je me lance dans des aventures qui vont changer la façon dont McDonald's présente ses produits, parce que je leur propose de faire un étiquetage nutritionnel qui met en évidence combien de calories il y a dans un burger. Ces étiquettes ont fait apparaitre qu’un burger McDonalds représentait 500 calories de la journée d’un individu… Il a donc fallu équilibrer l’offre.

D’un coup, McDonald’s commence à proposer des salades et des fruits. Les enfants ont commencé à manger des fruits parce que c’était McDonad’s. C’était génial ! Tu passes d’une crise à une opportunité énorme. C’est pour cela que j’ai toujours travaillé dans des grosses boîtes : quand tu fais un petit pas, c’est toute l’économie qui change !

Je deviens un genre de « creative mind ». Je pars à Chicago, eBay me téléphone alors je ne connais rien aux réseaux sociaux ni aux plateformes… Mais ils font appel à moi parce que ma manière de penser différemment les intéresse.

Ensuite, Richemont puis LVMH me recrutent. Après ces expériences fascinantes dans le luxe, un nouvel enjeu m’a été présenté. En 2030, 80% de la population va habiter dans des villes. Le problème est qu’il n’y a pas de place, que les structures ne le permettent pas, que c’est très pollué et que les gens mangent mal. Comment est-ce qu’on vit la vie urbaine, comment est-ce qu’on bouge ? On me présente la mobilité douce de Lime, avec les trottinettes et je deviens à nouveau une startupeuse en travaillant pour eux.

Entre-temps, je n’ai jamais arrêté d’étudier : j’ai fait l’Insead, des études de cinéma… Et plus récemment, j’ai étudié le conseil d’administration... Il ne faut jamais s'arrêter.

Tu peux tout faire, tu peux toujours te planter mais il y aura toujours quelque chose d'intéressant auquel tu pourras t'accrocher. Il ne faut jamais penser qu’on a tout appris !

Ce moment où tu as « [re]pris le pouvoir » sur ta vie :

J’ai découvert que j’ai été empoisonnée au mercure pendant 5 ans. Si tu es bien dans ton corps, tu peux reprendre le pouvoir quand tu veux. Mais dès que tu as un souci de santé, c’est tellement difficile. Je ne m'en rendais pas compte mais en mangeant bien et en ayant une bonne hygiène de vie, tu peux tout surmonter !

Au niveau émotionnel, j’ai perdu le contrôle mille fois mais je l’ai repris. Aujourd’hui, je vais très bien parce que je suis en train d’enlever cet empoisonnement de mercure et je suis très lucide. Est-ce que je suis en contrôle ? Cela dépend des jours !

Est-ce que tu veux bien raconter ta ou tes fêlures :
 
Ma fêlure, c’est mon manque de confiance qui m'empêche parfois de prendre une décision.

Ma fêlure, c’est parfois d’attendre des autres. Alors il n’y a rien de plus magnifique que de donner.

Ma fêlure, c’est de ne pas me laisser abattre. Ce n’est pas nécessaire de sortir courir à 7h du matin tous les jours et de faire tout ce que tu dois faire. Non, tu peux t’arrêter et dire stop !

Une femme qui t’inspire : 

Des millions de femmes m’inspirent. Mais beaucoup d’hommes m’inspirent aussi.

Quelle est ta pièce préférée ? Comment te sens-tu dedans ?

J’ai découvert la combinaison Septem dans laquelle tout est résolu : la Vendredi. C’est comme la vie : up and down.

    Pour suivre Paloma : Instagram

    Pour en savoir plus sur WEInvest : site

    Paloma porte, dans l'ordre d'apparition des photos : la combinaison Vendredi, la combinaison L'Aventure, la surchemise L'Indispensable, la combinaison Lundi et la combinaison L'Epopée.

    Crédit photo : Zoé Fidji

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